samedi 22 mars 2008

Chapitre 7

Chapitre 7 : La forêt blanche

Colin et Kassar chevauchaient alors qu'Agnor courait à leurs côtés. « Il est infatigable » s'exclama Kassar en regardant Agnor. Ils avaient quitté les bois perdus et se dirigeaient maintenant vers les terres glacées du nord, bien couverts sous des capes et de longs manteaux. On pouvait apercevoir les sommets enneigés au loin.
Allons-nous devoir les traverser ? Demanda Colin.
Non, nous longerons juste le flanc de la montagne répondit Kassar.
Cette réponse sembla rassurer Colin. Il savait ce qui se trouvait au delà des montagnes plus à l'Est, le domaine du seigneur Noir. Colin contempla un instant le ciel vers l'Est, comme s'il pouvait saisir le mal qui s'en émanait.
Agnor lui contemplait les sommets enneigés comme un enfant. « C'est beau » dit-il.
Le soir ils atteignèrent le flanc de la montagne. Une épaisse et dense forêt recouverte de neige jusqu'à la cime des arbres. Kassar aperçut une grotte creusée dans la roche et décida qu'ils allaient passer la nuit ici. Colin s'endormit difficilement, il faisait tellement froid malgré le feu de camp qui se consumait.
Alors qu'il venait juste de trouver le sommeil, Colin entendit une voix qu'il ne connaissait pas. « Colin, Colin » répéta une voix douce et sensuelle de femme. Colin ouvrit les yeux. A ses côtés ses deux amis dormaient profondément. Il se redressa et regarda tout autour de lui, la petite grotte était déserte. Il allait se rendormir quand il perçut la voix à nouveau, « Co - lin » entendit-il distinctement. Cette fois il se redressa d'un bond « qui est là? » scanda t'il en saisissant son épée. Le jeune garçon s'approcha de la sortie de la grotte, tenant son arme en avant de ses deux mains. On entendait des loups crier au loin, ce qui ne fît qu'accroitre la peur du jeune garçon. En effet les deux lunes dans le ciel étaient bien pleines. Pendragan et le cheval de Kassar bougeaient dans tous les sens essayant de se détacher. « Ho là, du calme Pendragan » fit Colin d'un ton qui n'était pas très convaincant.
Puis il aperçut sa mère, à genoux dans la neige.
Mère ! dit'il en s'approchant. Comment-êtes vous arrivé jusqu'ici ?
Colin, pourquoi est-ce que tu m'as abandonné ? Dit la femme en pleurant.
Je ne vous ai pas abandonné, pourquoi dites-vous une telle chose mère !
Pourquoi est-ce que tu me fais endurer tout ça ?
Qu'ai-je fait mère ?
Tu n'a pas su protéger ton père et ton frère, et maintenant c'est moi que tu laisses mourir.
Le visage du jeune garçon s'embua de larmes.
Fils indigne, tu me tues Colin.
Il s'approcha pour tenter de la relever en la saisissant par le bras « vous perdez la raison mère ». Le visage de la femme se transforma soudain en celui d'une jeune fille aux traits tirés et aux oreilles pointus lui lançant un large sourire menaçant. « Embrasse-moi » dit celle-ci en approchant son visage du sien. Colin stupéfait planta instinctivement sa lame dans le ventre de la créature qui tomba le visage dans la neige. « Bon sang, mais qu'est-ce qu'il se passe ici ?». Il resta un moment immobile à regarder ce corps qui ensanglantait la neige. Après une longue hésitation et prenant son courage à deux mains, il retourna le corps pour voir le visage. Il avait besoin d'être sûr. Le visage de la reine Dorine se dessina devant ses yeux. Il mit sa main devant sa bouche, puis pris d'un haut le coeur il vomit ses tripes sur la neige.
Colin sentit soudain une main qui lui agrippait le bras. Il se redressa brusquement. C'était Kassar. Il était toujours dans la grotte, ce n'était qu'un rêve.
J'ai fait un horrible cauchemard, dit le jeune garçon, je crois que j'ai vu une Elfe.
Les Elfes peuvent contrôler nos rêves jeune Roi, ils viennent chuchoter la nuit aux oreilles des hommes réveillant leurs peurs les plus profondes.
J'ignorais celà dit Colin. Quel genre de créature sont-ils donc ?
Des êtres mystérieux répondit Kassar. Vous avez encore tant de choses à apprendre jeune Roi. Essayez de vous rendormir, demain la route sera encore pénible et longue.
Colin se rallongea et tourna la tête vers Agnor. Le géant était réveillé lui aussi et ils échangèrent un regard. Le géant éprouvait une certaine empathie et une tendresse évidente à l'égard du jeune garçon. « Le monde est si vaste et si étrange en dehors de ta vallée » pensa Colin.
Quelques heures plus tard ils reprirent la route. Le voyage se passa sans encombre. Aucun rêve ne fût troublé par un esprit malfaisant.
Au bout de quelques jours ils aperçurent enfin le bout de la forêt et au loin se dresser la cité des glaces, berceau des Elfes.
« Le moment de vérité » dit Kassar.

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